Depuis vendredi dernier, date à laquelle Olivier et Bruno ont atteint les Alizés, le Bongo Regional cavale à travers l’Atlantique, à plus de 10 nœuds de moyenne. Le rythme est exténuant, mais le matériel et les hommes tiennent le coup.
Imaginez-vous un instant en haut de la Face de Bellevarde à Val d’Isère. Une descente tout schuss presque sans virage, où sur chaque bosse vous vous demandez comment cela va finir, si vous n’allez pas perdre vos skis en route et finir à pied. Voilà, en quelque sorte, ce que vit l’équipage de Regional depuis plus d’une semaine.
Lancé à pleine vitesse, le bateau avale les milles et les concurrents. Le spi lourd n’a quasiment pas quitté le mât, seulement quelques heures dans la nuit de mardi et mercredi, cédant la place au génois pour permettre à Bruno et Olivier de dormir un peu. Car la navigation sous spi dans ces conditions de vent et de mer est particulièrement virile et nécessite une attention de tous les instants. Le barreur doit composer avec la mer, c’est-à-dire placer l’étrave du Bongo entre les vagues en faisant en sorte que le bateau ne tape pas trop et ne perde pas de vitesse. Dès que la vague de devant est franchie, le bateau accélère de nouveau et démarre un surf endiablé. Le rôle du barreur est primordial au même titre que celui du régleur de spi. Car à chaque accélération, la voile ballon ne demande qu’à jouer les filles de l’air et à s’enrouler dans l’étai (le câble qui tient le mât du bateau sur l’avant). Le régleur se rue alors sur l’écoute pour remettre le spi dans l’axe. Car si cette voile venait à s’enrouler, bonjour la catastrophe. C’est l’incident qu’Olivier et Bruno redoutent le plus. C’est aussi celui qui décime beaucoup de concurrents de cette course. Dans ces conditions de vent et de mer, difficile d’aller à l’avant du bateau pour démêler le spi et remettre tout en place. Et lorsque c’est enfin possible, au prix de beaucoup d’efforts, c’est pour découvrir que la voile est endommagée et nécessite quelques heures de couture au fond de bateau. Voilà pourquoi le spi est surveillé comme le lait sur le feu par nos deux amis. Et fort heureusement, aucune avarie n’est à déplorer de ce côté là sur Regional.
la trompette quitte la tête de mat.
Depuis lundi dernier, malgré cette chevauchée fantastique, Bruno et Olivier n’ont pas repris beaucoup de milles sur les leaders. Comme tous les équipages évoluent dans le même système météo, les plus grands bateaux occupent logiquement la tête de la course. Regional a repris onze places en cinq jours, doublant bon nombre de bateaux de même longueur. C’est une course de vitesse pure où les caractéristiques architecturales du bateau font la différence. Le Bongo est idéal dans ces conditions car il est capable de surfer longtemps tout en restant contrôlable, grâce à ses deux safrans. Olivier et Bruno ont une grande confiance dans leur bateau et s’émerveillent chaque jour de la fiabilité de leur monture.
Mais cette superbe performance est surtout à mettre au crédit de l’équipage. Ils ont trouvé le bon rythme pour mener leur bateau à 100% de son potentiel, tout en se ménageant pour ne pas faire d’erreur et ne pas casser de matériel. Malgré l’absence totale de pilote automatique, les deux hommes trouvent le temps de se reposer, quitte à affaler le spi et à naviguer quelques heures sous génois. Pour mieux repartir et attaquer en profitant au mieux des conditions exceptionnelles régnant actuellement sur l’Atlantique.
En ce vendredi soir, au classement de 20h10, Regional est pointé à la 16ème place, à 480 milles de l’arrivée en Martinique. A ce rythme, le franchissement de la ligne se fera probablement dans la nuit de dimanche à lundi.
Plus que jamais, l’équipage de Regional a besoin de vos encouragements. Dans cette dernière ligne
droite, vos messages sont une source d’énergie formidable pour nos deux navigateurs. Alors n’hésitez pas à envoyer vos mails à l’adresse yann@looping.org, je les enverrai au bateau très rapidement.
A lundi pour le dénouement !
Bon week-end.
Yann, Océan Partage.