Souvenez-vous de l’été dernier et de la formidable première étape du Bongo Regional. Vous avez été nombreux à vous enthousiasmer pour l’aventure qu’ont vécue nos deux amis. Beaucoup de vent, des conditions de mer difficiles, quelques soucis techniques mais, au final, un classement au delà de leurs espérances : 16ème en temps réel et 10ème en compensé. Les deux malouins ont su exploiter au mieux le potentiel de leur fabuleux Bongo 9,60 biquille tout en faisant preuve d’un grand sens marin. Cela leur a permis de rester dans le groupe de tête, de dépasser bon nombre de favoris et de rester dans le coup pour le podium final.
Voici maintenant l’heure de la seconde partie de la course, celle qui mènera les deux Co skippers du bateau en Martinique. Cette longue pause hivernale est la grande particularité de cette course transatlantique. Elle permet de concilier activité professionnelle et course au large.
Même si la seconde étape va se dérouler sous le soleil, elle recèle aussi bon nombre de pièges auxquels Bruno et Olivier se sont préparés cet hiver. Justement, à quelques jours de leur départ pour Madère, nous avons voulu en savoir un peu plus sur la façon dont les deux hommes abordent cette étape, sur les particularités du parcours et sur leur stratégie.
Morceaux choisis.
Alors messieurs, après cette brillante première partie de course, êtes-vous contents d’y retourner ?
Plus que jamais ! Nous portons ce projet depuis si longtemps qu’il nous tarde d’y retourner et de conclure l’aventure en beauté. La première étape et notre bon classement ne nous font pas oublier qu’il y a encore 2800 mille à parcourir et qu’il peut se passer encore plein de choses. Nous avons vraiment hâte de retrouver l’ambiance de la course. La préparation des bateaux sur les pontons, l’étude des derniers fichiers météos, la petite boule d’appréhension avant le départ, tout cela rend ce sport particulièrement excitant. Nous avons une belle aventure à terminer et nous comptons bien vivre cette expérience à fond jusqu’au bout.
Forts de votre performance sur la première étape, comment abordez-vous cette deuxième étape ?
Dans un état d’esprit différent. Au départ de Saint Nazaire, il y avait plein d’inconnues. Nous n’avions jamais navigué ensemble aussi longtemps, nous n’avions pas beaucoup de recul quant aux performances du bateau et à son aptitude à affronter la haute mer et le mauvais temps. Maintenant que nous sommes rassurés sur tous ces aspects, nous avons une grande confiance dans le bateau et son équipage. Notre état d’esprit est donc totalement différent. Nous abordons cette seconde étape en mode compétition. Ce n’est plus le temps de la découverte ; place à la course et à la bataille pour grappiller encore quelques places au classement général. Ceci dit, nous prendrons quand même le temps de profiter de la mer et de ses paysages magnifiques.
Comment vous êtes-vous préparés cet hiver ?
Peu après son retour en France, Olivier s’est replongé avec bonheur dans la vie de famille avec l’arrivée de la petite Camille, qui est venue agrandir la tribu. Nul doute qu’il n’a pas du s’ennuyer cet hiver… Il a cependant trouvé le temps de faire du sport, environ 6 heures par semaine, en alternant footing avec les copains, VTT et piscine. Bruno, lui aussi père de quatre enfants, s’est adonné tout l’hiver à son autre grande passion, le triathlon. Il pratique ce sport deux heures par jour en alternant natation, vélo et course à pied. Début décembre, Bruno a ainsi couru le marathon de La Rochelle, bouclant les 42 km en 3h20. Nos deux navigateurs abordent donc ressourcés cette seconde étape, en grande forme physiquement et hyper motivés.
La perspective de rester plus longtemps en mer vous inquiète-t-elle ?
Non, ce n’est pas quelque chose qui nous inquiète. Le fait que nous nous entendions très bien tous les deux nous rassure pour la seconde partie de la course. A aucun moment de la première étape nous ne nous sommes ennuyés. Une fois dans le rythme de la régate, on ne voit plus le temps passer. Seul comptent la vitesse du bateau et la préservation du matériel. Ceci dit, Bruno emmène de nouveau son Ipod chargé de musique pour les longues nuits au portant sous spi. Et puis aussi deux ou trois bouquins, au cas ou. Mais entre la météo, la stratégie, les réglages, les heures de barre à faire avancer le bateau, manger, dormir, les deux Co skippers du Bongo Régional n’auront certainement pas le temps de flâner !
Dans quel état technique est le bateau ?
Le bateau est en très bon état, presque prêt à reprendre la mer. Lors de la première étape nous avions cassé notre tangon carbone dès la première nuit de course, puis le pilote automatique ne fonctionnait pas très bien au vent arrière à cause de l’aérien, situé en tête de mat, qui était défaillant. Nous repartons à Madère avec un tangon réparé et un nouvel aérien. En arrivant nous allons remettre le bateau à l’eau et naviguer le plus possible pour nous assurer que tout va bien techniquement avant de prendre le départ.
Comment voyez vous le parcours et ses difficultés ? Quelle sera votre stratégie ?
La première difficulté va être de s’extraire de la ligne de départ et de progresser vers le sud-ouest. En effet, le départ va être donné depuis l’ile de Porto Santo, au Nord de Madère. Le premier dilemme va être le contournement de l’ile de Madère : par le Nord où le vent n’est pas bien établi ? ou par le Sud avec le risque d’être coincé par le dévent de l’ile ? Le fameux anticyclone de Açores va ensuite conditionner la suite de la course. S’il est très étendu, nous ne pourrons pas faire route directe et nous devrons rester à l’Est quitte à descendre jusqu’aux iles Canaries pour atteindre les Alizées qui nous emmèneront jusqu’en Martinique. Mais tout cela reste assez théorique. Dès notre arrivée à Madère nous nous pencherons sur les fichiers de vents pour ébaucher notre stratégie que nous affinerons jusqu’au matin du départ. Une fois en course, notre objectif sera de faire marcher le bateau à fond et de rester au contact. Pas question de prendre dès le départ une option trop radicale, il va falloir qu’on reprenne notre rythme de la première étape et qu’on prenne aussi le temps de bien analyser toutes les informations météo à notre disposition : fichiers de vent Grib, images satellite mais aussi observation du ciel et de la mer. Nous avons aussi décidé de tenir d’avantage compte de la position des autres concurrents pour faire notre stratégie. C’est très important pour nous de savoir ce que font les autres, pour ne pas se couper complètement du reste de la course.
En combien de temps pensez-vous traverser ?
Nous pensons mettre entre 12 et 17 jours pour rejoindre la Martinique. Tout dépendra, bien sûr, des conditions météo que nous aurons. Nous ferons le maximum pour arriver rapidement pour retrouver nos familles et nos amis qui nous attendront au port du Marin. En fait, nous espérons secrètement passer sous la barre symbolique des 15 jours. Nous verrons bien …
Que redoutez-vous le plus sur le parcours ?
Comme tous les autres concurrents de la Transquadra qui, comme nous, ne sont pas des professionnels de la course au large, nous redoutons de tomber dans un piège météo, une panne de vent catastrophique qui nous demanderait énormément d’énergie pour s’en extraire. La gestion de l’effort, du stress, et donc de la fatigue sur une période aussi longue, demeure notre principale inconnue. Nous appréhendons aussi beaucoup la casse, surtout si les Alizées sont bien établies. Sous ces latitudes, le vent varie beaucoup en force et en direction et il faut être très vigilant à la barre pour ne pas faire de nœud dans le spi et risquer de le déchirer. Sans spi, la route est beaucoup plus longue. Ceci dit, nous emportons de quoi réparer, au cas où …
Allez-vous revoir votre mode de fonctionnement tous les deux ?
Non, nous n’allons pas changer grand chose puisque ça a globalement bien fonctionné sur la première étape. Notre organisation repose sur une alternance de quarts à la barre et de périodes de repos dans la couchette. Mais si les conditions le nécessitent, nous sommes capables d’être tous les deux sur le pont, l’un à la barre et l’autre à l’écoute de spi, pour profiter des conditions de vent et faire marcher le bateau à 100% de ses capacités. Mais dès que possible, priorité à la récupération, car c’est primordial pour finir la course en restant dans le match. Sur les conseils de Charles Conty et Bruno Chaumont de SOS Médecin de Saint Malo, nous avons décidé de respecter plus strictement, quand c’est possible, les cycles de sommeil. Celui qui barre attend que l’autre ait fait un cycle de sommeil complet (environ deux ou trois heures). Ceci afin de rester en forme et de ne pas se mettre dans le rouge.
Rendez-vous la semaine prochaine pour plus de nouvelles après le départ.
Précisions techniques :
Dorénavant vous recevrez tous les communiqués via l’adresse E-mail yann@looping.org.
Merci de configurer vos logiciels de messagerie pour faire en sorte que cette adresse
E-mail ne soit pas considérée comme un spam.
Enfin, si vous souhaitez encourager Bruno et Olivier, vous pouvez envoyer vos messages à cette même adresse et je les transmettrai au bateau dans la foulée.
Yann, Océan Partage.